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Montpellier, capitale du parfum

la palette du parfumeur

J’avais oublié que Jean-Baptiste Grenouille, dans le livre, le parfum de Patrick Süskind, avait fait ses classes de parfumerie à Montpellier.

Parce qu’avant Grasse, Montpellier était la capitale des parfums.

Et je le redécouvre au hasard d’une phrase dans un autre livre relatant l’histoire de cette ville où j’ai choisi de vivre.

Son patrimoine olfactif mérite d’être raconté et mis en valeur plus qu’il ne l’est aujourd’hui. Son rang de première capitale du parfum est présenté dans les livres des historien.nes du parfum. Mais peu de Montpelliérains.raines connaissent le rôle de Montpellier dans l’histoire de la parfumerie, tant il semble discret aujourd’hui.

Grasse mérite largement son titre de capitale mondiale des parfums, mais les origines de la parfumerie sont bien à Montpellier. Et du16e jusqu’au 18e, pas moins de 3 siècles d’histoire, de découverte, d’innovation, de grandes familles de parfumeurs ont contribué à son expansion à Paris et à Grasse.

Son rayonnement respire encore dans le magnifique jardin botanique, datant de 1593, témoin de ses savoirs en médecine et en botanique.

Montpellier a donc une place importante dans l’histoire de la parfumerie qui prend ses racines dans l’apothicairerie, l’épicerie et, comme à Grasse, la tannerie.

concentré de parfum


Montpellier Du Moyen-âge à la Renaissance

La ville est un pôle dynamique autour des savoirs, de la médecine (la faculté de médecine date de 1220), de la botanique et un centre de commerce important. Le port de lattes (Lattera) et celui d’Aigues-Mortes permettent à la ville d’être un carrefour d’échanges des épices venus de la Méditerranée et de l’Asie. Les contacts avec les marchands étrangers permettent de partager des connaissances qui favorisent le développement de la distillation (découverte par les Arabes), de l’eau de vie ou « eau ardente » du médecin Arnaud de Villeneuve.

À cela s’ajoute la richesse de la garrigue environnante. Tous les éléments sont donc réunis pour voir fleurir des métiers d’apothicaires, pilleurs-d’épices et parfumeurs.

Arnaud de Villeneuve et Raymond Lulle composent le premier parfum moderne. L’eau de la reine de Hongrie ou eau de Montpellier est un alcoolat aux plantes de la garrigue, notamment de romarin, considéré comme une boisson, un remède pour les frictions et un parfum.

évolution du parfum Du XVI au XVIII siècle

Tous les marchands vendent ou fabriquent des préparations parfumées et des cosmétiques.

  • Les apothicaires composent et vendant des remèdes et des fragrances, comme Fargeon, apothicaire et parfumeur de Mademoiselle d’Orléans
  • Les liquoristes, distillateurs, droguistes, limonadiers fabriquent et vendent des sirops, des liqueurs et des eaux de senteurs. Les procédés de distillation sont les mêmes pour les fruits et les aromatiques.
  • Les barbiers-perruquiers-baigneur-étuvistes, autonomes depuis 1691, sont autorisés à concevoir des produits cosmétiques comme des savonnettes, essences, poudre de senteur pour leur profession
  • Les merciers, vendeurs d’étoffes et de rubans
  • Les parfumeurs fournissent des liqueurs et des limonades, parfois des remèdes
  • Les gantiers de la ville, dont le statut de maître gantier-parfumeur apparaît en 1722, tannent les cuirs et surtout les gants de myrte, qui teinte et désodorise selon la pratique italienne.

Dans les traités de parfumerie – ou de distillation – on trouve parfois des recettes de confiture et certains ouvrages contiennent des formules de parfums « à la mode de Montpellier » qui deviendra une référence de qualité.

Puis une lente séparation des métiers se mettra en place, avec les titres de maîtrise : maître apothicaire-parfumeur (l’indépendance de leur corporation date de 1674), « marchand parfumeur du roi de Montpellier « délivré à Marc Antoine Deloche en 1680, maître parfumeur et gantier « dans la généralité de Montpellier ». En 1722, on en compte 6, l’institution est antérieure à celle des statuts grassois qui datent de 1724 *. Mais Grasse connaît un développement plus important des gantiers parfumeurs.

La parfumerie devient une affaire de famille avec transmission de père et fils et unions d’intérêts. Deux grands noms émergent : Fargeon, apothicaire et parfumeur de Marie-Antoinette, et Deloche.Deux familles parmi les plus fortunées et qui le pratiqueront le métier le plus longtemps.

Au XIX siècle, la concurrence entre grasse et montpellier

La révolution met à mal les parfumeurs de la cour du roi (comme Fargeon) dont beaucoup se réfugient à Grasse. La mode est à l’eau de Cologne prisée par Napoléon, et remplace l’eau de la reine de Hongrie. La ville de Grasse est une sérieuse concurrente car dès le 17e siècle, elle a su organiser ses plantations de fleur que son climat favorise : jasmin, de rose de mai, tubéreuse, mimosa. Ses nombreux maîtres gantiers-parfumeurs délaissent progressivement la tannerie pour le métier de parfumeur.
À Grasse, l’activité de parfumerie s’organise autour de grandes fabriques familiales dont certaines réussissent encore aujourd’hui. Ces usines deviennent incontournables, à la fois pour la composition et pour la transformation des matières premières naturelles.

Le 19e siècle marque l’avènement des produits de synthèse qui vont considérablement transformer la formulation et le marché. Mais ces découvertes se font en Suisse et Allemagne et aux Etats-Unis et bousculeront le statut de Grasse au 20e siècle.
L’histoire de Montpellier et le parfum s’éteint au cours du 19e siècle. On peut trouver beaucoup d’explication à ce déclin, par exemple la concurrence de Grasse, le déclin du commerce des épices, une parfumerie qui évolue vers la chimie.

Et aujourd’hui

On en reparle en 2021, avec Arthur Dupuy et Caroline Redon Jauffret qui retracent l’histoire avec leur livre « Montpellier capitale ancestrale des parfums ». Arthur Dupuy possède aussi sa collection de parfums éponyme. Un long article explicatif et très intéressant paru dans le complément de la Gazette récapitule l’histoire jusqu’à nos jours ou presque.

En 2023, le document de présentation de Montpellier capitale européenne de la culture pour 2028 y fait une référence rapide :
« Montpellier est une ville « nouvelle », dont le nom apparaît pour la première fois en 985 et qui s’affirme très vite comme un important centre de savoirs et un carrefour commercial en pleine expansion. Elle devient la porte d’entrée des épices en France, une place forte en Europe de l’apothicairerie et de la parfumerie. »

Un peu trop de discrétion peut-être.

Et pourtant, il reste une part importante de son histoire qui continue à former les futurs « Jean Baptiste Grenouille » avec la licence Parfums et arômes de l’université de Montpellier reconnue dans le métier.
Enfin, il existe une activité cosmétique à Montpellier et aux alentours qu’il serait intéressant de présenter. D’autant plus qu’aujourd’hui, la beauté s’apparente de plus en plus à un bien-être proche de l’idée de santé, et un retour aux sources des essences naturelles.

Je suis ouverte à toute idée, suggestion, tout contact d’entreprises, petites ou grandes, qui contribuent à faire vivre encore la cosmétique dans la région.
N’hésitez pas à m’envoyer un message pour en discuter.

* : Études Héraultaises – Notes sur la parfumerie et les marchands-parfumeurs de Montpellier ( XVIe-XVIIIe siècle) -revue 1989-1990